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Bulletin of the World Health Organization
Print version ISSN 0042-9686
Abstract
AYLWARD, R.B. et al. Léradication des maladies en tant que stratégie de santé publique: lexemple de léradication de la poliomyélite. Bull World Health Organ [online]. 2000, vol.78, n.3, pp. 285-297. ISSN 0042-9686. http://dx.doi.org/10.1590/S0042-96862000000300003.
Malgré les raisons humanitaires et économiques qui sous-tendent les initiatives déradication des maladies, certains commentateurs se demandent si le coût humain et financier de telles initiatives justifient les efforts nécessaires pour parvenir à léradication dune maladie. Deux réunions internationales ont été récemment organisées à ce sujet pour examiner le concept déradication en tant que stratégie de santé publique, la première à Dahlem (Allemagne) en 1997 et la deuxième à Atlanta (Etats-Unis dAmérique) en 1998. Dix ans après le lancement de la plus vaste campagne déradication jamais tentée, il est utile de réexaminer lobjectif de léradication de la poliomyélite à la lumière des critères proposés lors de ces réunions, en se posant les trois questions suivantes: « Pourquoi éradiquer la poliomyélite ? » (coûts et avantages), « Pourquoi léradication de la poliomyélite est-elle techniquement réalisable ? » (déterminants biologiques de léradicabilité), et « Pourquoi léradication de la poliomyélite est-elle opérationnellement réalisable ? » (considérations sociétales et politiques). Une initiative déradication ne peut être lancée que lorsquil a été démontré que ses effets directs et à plus long terme seront positifs. Parmi les avantages de léradication de la poliomyélite figurent linvestissement important dans la prestation des services de santé, lélimination dune cause majeure dincapacité, et des effets intangibles mais dune grande portée comme la création dune « culture de la prévention » comme cela a été le cas dans les Amériques. Bien que le coût financier de linitiative soit important, léconomie annuelle qui sera réalisée à léchelle mondiale lorsque toutes les mesures de lutte contre la poliomyélite pourront être arrêtées sera de lordre de US $1,5 milliard. De plus, environ 50 % des besoins en financement extérieur sont couverts par des organisations qui ne font pas partie des donateurs traditionnels dans le domaine de la santé internationale. Même sil est parfois inévitable de perturber le fonctionnement des autres services de santé, ces perturbations sont en général de courte durée compte tenu de la nature des stratégies déradication. Léradicabilité dune maladie est fonction de la biologie du micro-organisme responsable et des outils de lutte dont on dispose. Léradication de la poliomyélite répond aux trois critères de faisabilité technique de léradication dun micro-organisme. En effet, bien que certains primates puissent être infectés par les poliovirus, il nexiste pas de réservoir non humain de la maladie. Le vaccin antipoliomyélitique buccal représente une intervention efficace et la stratégie des journées nationales de vaccination a permis dinterrompre la transmission même dans des zones où la couverture vaccinale de base était faible. Enfin, les cultures virales réalisées sur des échantillons de selles en cas de paralysie flasque aiguë constituent un outil sensible et spécifique de diagnostic de linfection. Même si lon dispose des outils permettant dinterrompre la transmission et de diagnostiquer linfection, les aspects opérationnels de leur application, surtout dans des conditions difficiles, détermineront la faisabilité globale de léradication dun micro-organisme. La faisabilité opérationnelle de toute initiative déradication repose essentiellement sur un engagement sociétal et politique durable. Pour susciter un tel engagement, il faut que la stratégie déradication ait à la fois été testée sur le terrain dans une vaste région géographique et que son efficacité ait été démontrée, comme latteste, par exemple, la certification de léradication de la poliomyélite dans les Amériques. Bien que lengagement politique vis-à-vis de léradication de la poliomyélite ait été pris lors de lAssemblée mondiale de la Santé en 1988, les progrès réalisés jusquà ce jour lont principalement été grâce à lengagement répété, vis-à-vis des activités déradication, des chefs dEtat des pays où la maladie est endémique. Comme il a été démontré que léradication de la poliomyélite est techniquement et opérationnellement réalisable, son succès dépend maintenant de trois facteurs. Dabord, les acquis actuels doivent être rapidement consolidés par une accélération du programme, en particulier dans les dix pays prioritaires au plan mondial (Afghanistan, Angola, Bangladesh, République Démocratique du Congo, Ethiopie, Inde, Nigéria, Pakistan, Soudan et Somalie). Ensuite, des ressources financières supplémentaires sont nécessaires pour réaliser laccélération demandée par lAssemblée mondiale de la Santé en mai 1999. Enfin, il est indispensable de maintenir et de renforcer lengagement au plus haut niveau parmi les agences des Nations Unies, les pays dendémie, les pays donateurs et les organisations partenaires. Dans son commentaire de la conférence de 1998 sur léradication des maladies, le Dr W. H. Foege déclarait que «...léradication combat les inégalités et offre la meilleure réponse en matière de justice sociale ». Lorsque de tels principes sont associés aux avantages humanitaires, économiques et à long terme dune initiative telle que celle qui est en cours contre la poliomyélite, lintérêt de léradication en tant que stratégie de lutte contre la maladie ne fait plus de doute.
Keywords : cost-benefit analysis; immunization programmes [case studies, and organization and administration]; poliomyelitis, prevention and control; programme evaluation.









