SciELO - Scientific Electronic Library Online

 
vol.78 issue3Randomized controlled trial of anterior-chamber intraocular lenses in Nepal: long-term follow-upRapid screening for Schistosoma mansoni in western Côte d’Ivoire using a simple school questionnaire author indexsubject indexarticles search
Home Page  

Bulletin of the World Health Organization

Print version ISSN 0042-9686

Abstract

HUSSAIN, R.; FIKREE, F.F.  and  BERENDES, H.W.. Rôle de la préférence pour les fils dans le comportement reproducteur au Pakistan. Bull World Health Organ [online]. 2000, vol.78, n.3, pp. 379-388. ISSN 0042-9686.  http://dx.doi.org/10.1590/S0042-96862000000300014.

La plupart des informations sur l’association entre les intentions déclarées en matière de procréation et les comportements s’appuient sur les données d’enquêtes transversales plutôt que sur les résultats d’études longitudinales. Le présent article rapporte l’influence du sexe des enfants survivants sur le caractère désiré ou non d’une grossesse et évalue l’effet du sexe des enfants survivants sur les grossesses ultérieures et le comportement en matière de contraception, en utilisant une étude de cohorte (étude longitudinale). L’étude a été réalisée dans quatre zones d’habitation précaire (squats) de Karachi à deux époques différentes : 1990-1991 et 1995. Lors de la première phase (1990-1991), il a été demandé à 999 femmes enceintes d’indiquer si leur grossesse actuelle (grossesse « indicatrice ») était désirée ou non. Lors de la deuxième phase de l’étude en 1995, des informations sur les événements génésiques et sur l’utilisation de la contraception entre 1990-1991 et 1995 ont été recherchées auprès de la même cohorte de femmes. Parmi les 999 femmes ayant participé à la première partie de l’étude, les trois quarts (n = 765) ont pu être réinterrogées. Une comparaison entre les femmes interrogées au cours de la deuxième enquête et celles qui n’ont pu être revues n’a montré aucune différence significative au niveau des caractéristiques démographiques ou génésiques entre les deux groupes. L’application de plusieurs critères d’exclusion des femmes interrogées lors des deux phases de l’étude a réduit l’échantillon analysé à 508 cas. Les résultats de la présente étude montrent que le sexe des enfants survivants, et en particulier le nombre de fils, influence le caractère désiré ou non de la grossesse indicatrice. Par exemple, chez les femmes ayant déjà un enfant, 25% des femmes interrogées ont indiqué que la grossesse indicatrice était non désirée lorsque l’enfant survivant était un fils, et 0% lorsque l’enfant survivant était une fille. De même, chez les femmes ayant déjà deux enfants, 48% des femmes interrogées ont indiqué que la grossesse indicatrice n’était pas désirée lorsque les deux enfants survivants étaient des fils, contre 25% lorsque les deux enfants survivants étaient des filles. D’après les résultats d’une analyse multivariée, le sexe des enfants survivants était la variable explicative dominante pour le caractère non désiré de la grossesse indicatrice. A chaque fils survivant supplémentaire, les femmes indiquaient 2,5 fois plus souvent la grossesse indicatrice comme non désirée, chiffre qui était divisé par deux lorsque l’enfant survivant supplémentaire était une fille. L’analyse de l’association entre le sexe des enfants survivants et le comportement reproducteur quatre à cinq ans après la première interview a nettement montré une préférence pour les fils, car la fécondité ultérieure comme la non-utilisation d’une contraception étaient principalement corrélées avec le sexe des enfants survivants. Cependant, plutôt qu’une préférence exclusive pour les fils, les couples cherchaient à avoir un ou plusieurs fils survivants et pas plus de deux filles. Les autres facteurs prédictifs de la non-utilisation de la contraception étaient le faible niveau d’études de la mère, le jeune âge de lamère au mariage, et l’opposition du mari ou de la famille à l’emploi de la contraception. La préférence manifeste pour les fils reflète la nature fortement patriarcale de la société pakistanaise et l’infériorité du statut des femmes en général, et en particulier des femmes n’ayant pas de fils. Malgré les preuves empiriques d’un lien entre l’éducation des femmes, le statut de la femme et la fécondité, ce lien ne se traduit pas automatiquement par une diminution de la préférence pour les fils. De plus, la préférence manifeste pour les fils joue un rôle majeur en aggravant le handicap social et sanitaire dont souffrent les fillettes. Par conséquent, alors que les efforts visant à améliorer l’éducation des femmes sont importants en tant que tels, il est également nécessaire d’évaluer de façon critique les facteurs sociétaux qui perpétuent les préférences quant au sexe des enfants. Cette dernière approche aura davantage de chances d’être couronnée de succès si l’on cherche à mettre en lumière les déterminants structurels des inégalités hommes-femmes et que l’on favorise les aspects du développement social qui bénéficient directement aux femmes.

Keywords : cohort studies; contraception; Pakistan; pregnancy [unwanted]; sex; sex behaviour; socioeconomic factors.

        · abstract in English | Spanish     · text in English