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Bulletin of the World Health Organization

Print version ISSN 0042-9686

Abstract

GUREJE, O.  and  ALEM, A.. Mise en place de politiques de santé mentale en Afrique. Bull World Health Organ [online]. 2000, vol.78, n.4, pp. 475-482. ISSN 0042-9686.  http://dx.doi.org/10.1590/S0042-96862000000400009.

Les problèmes de santé, dans la plupart des pays d’Afrique, restent liés à la forte prévalence des maladies transmissibles et de la malnutrition. Ces pays manquent de ressources humaines qualifiées. Les économies nationales se caractérisent généralement par des revenus faibles et une base industrielle naissante. Nombre de ces pays connaissent également des troubles sociaux et des conflits dont le mobile est la destruction réciproque et, souvent, ils sont en outre gravement affectés par la pandémie de VIH/SIDA. Les dépenses de santé nationales sont d’ordinaire inférieures aux niveaux recommandés. La santé mentale intéresse rarement les responsables politiques et, par rapport à l’ensemble des priorités sanitaires, les crédits alloués aux services de santé mentale ont toujours été bien en-dessous de la moyenne. Rares sont encore les pays qui ont une politique reconnaissant clairement l’étendue des problèmes de santé mentale dans la population et visant à définir des stratégies pour y remédier. Les politiques de santé mentale dans les pays d’Afrique doivent s’appuyer sur la reconnaissance de l’ampleur des problèmes, y compris la consommation de substances dépendogènes, et l’évaluation de la charge de morbidité due à ces problèmes. L’étude de 1996 sur la charge de morbidité mondiale peut servir de cadre à ce travail de reconnaissance mais des études locales devront compléter les données résultant de cette étude. Des stratégies devront être élaborées pour faire mieux connaître les maladies mentales au public et réduire la stigmatisation des malades et de leur famille. Un programme destiné à améliorer les services pour les malades mentaux doit privilégier le dépistage précoce au niveau des soins primaires et l’accès aux médicaments, éventuellement en obtenant, à titre préférentiel, des dérogations aux droits de brevet pour faciliter la production de médicaments meilleur marché par les laboratoires pharmaceutiques locaux. Les politiques doivent trouver les moyens d’aider les familles à soigner leurs membres atteints de maladie mentale. Les communautés africaines recourent abondamment aux pratiques traditionnelles et les responsables politiques évoquent souvent la nécessité d’intégrer ces pratiques dans la médecine occidentale. Il convient toutefois de s’interroger sur l’efficacité et l’innocuité de nombre de ces pratiques, spécialement en ce qui concerne le traitement des malades mentaux profonds. Certaines pratiques, en effet, sont clairement inhumaines. Une politique d’intégration de ces pratiques dans les soins pour les malades mentaux doit reconnaître les aspects positifs et déconseiller les aspects dangereux. Les politiques de santé mentale devront prévoir la révision et la mise à jour de la législation existante sur les maladies mentales. La plupart des pays d’Afrique ont encore des lois que leur ont léguées les colonisateurs il y a plusieurs décennies et qui ne correspondent ni à nos connaissances actuelles de la nature des troubles mentaux ni aux normes actuelles applicables aux droits de l’être humain. Les nouvelles lois devront prévoir le traitement humain des malades mentaux qui ont commis un délit et protéger le droit des malades mentaux à refuser certaines formes de traitement, tout en reconnaissant la nécessité de protéger la société et de prendre soin des personnes qui ne sont pas en mesure de faire des choix éclairés. Les politiques doivent s’attacher à assurer le financement adéquat des services de santé mentale, l’objectif étant de veiller à ce que le niveau des soins corresponde aux meilleures pratiques possibles, malgré l’insuffisance des ressources. Le souci d’équité doit toujours inspirer la fourniture des services. Les politiques doivent également s’attacher à promouvoir la recherche et la formation. Les recherches sur la distribution et l’évolution des maladies mentales et les incapacités dues aux maladies mentales doivent être assorties de politiques visant à concevoir les meilleurs soins possibles pour les malades mentaux et de recherches servant à évaluer l’efficacité et la pertinence de ces politiques.

Keywords : Africa; mental health; health policy; policy-making; access to health care.

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