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Bulletin of the World Health Organization

Print version ISSN 0042-9686

Abstract

MCMICHAEL, Anthony J.. La santé en milieu urbain: conséquences de la mondialisation pour les pays en développement. Bull World Health Organ [online]. 2000, vol.78, n.9, pp. 1117-1126. ISSN 0042-9686.  http://dx.doi.org/10.1590/S0042-96862000000900007.

Le mode de vie urbain est la clef de voûte de l’écologie humaine moderne. Au cours des deux derniers siècles, les villes se sont multipliées et développées rapidement dans le monde entier. Berceau de la créativité et de la technologie et moteur de la croissance économique, elles engendrent aussi la pauvreté, des inégalités et des risques pour la santé liés à l’environnement. Depuis longtemps, les populations urbaines servent à la fois d’incubateur et de porte d’accès aux maladies infectieuses. Les citadins des pays en développement sont donc doublement exposés : aux risques classiques de maladie diarrhéique et d’infection respiratoire ; aux risques physiques et chimiques des temps modernes, liés à une industrialisation mal contrôlée, à de mauvaises conditions de logement, à la circulation routière et à la violence sociale. La croissance non planifiée et la politique économique de laisser-faire des débuts de l’ère industrielle ont fait place à une gestion collective du milieu urbain, en réaction à la dégradation de l’environnement et du fait de l’alphabétisation, de l’avènement de la démocratie et de l’accumulation de richesses. Dans de nombreux pays à faible revenu, ce progrès est freiné par les impératifs et les tendances anticorporatistes de la mondialisation de l’économie. On peut répartir les effets du milieu urbain sur la santé en trois grandes catégories. La première concerne les changements sociaux dont s’accompagne l’urbanisation et la façon dont ils modifient les risques pour la santé liés au comportement. Le régime alimentaire, l’activité physique, les comportements toxicomaniaques, la sexualité et la nature de l’engagement social changent. Le risque de maladie cardio-vasculaire, de diabète sucré, de certains cancers, d’infection sexuellement transmissible et de problèmes mentaux évolue lui aussi. La deuxième catégorie concerne les risques microbiologiques et les risques de toxicité présents dans le milieu urbain. A la menace que constituent habituellement les maladies infectieuses pour les citadins pauvres s’ajoutent des dangers de nature physicochimique tels que l’exposition au plomb (dans l’air, le sol et l’eau), la pollution atmosphérique, les accidents de la circulation et l’amplification des vagues de chaleur dans les zones urbaines. Troisième point : l’influence des populations urbaines modernes sur l’environnement atteint une telle ampleur qu’elle entraîne, par la destruction des milieux vitaux de la biosphère, des risques pour la santé à long terme. A ce phénomène s’ajoute celui de la mondialisation observé sur la plus grande surface du globe dans les domaines social, politique et économique et qui, à son tour, crée de nouvelles dépendances dans les pays pauvres qui s’efforcent de faire face à la concurrence sur le marché mondial. Il s’ensuit que les normes environnementales sur le lieu de travail et la protection de l’environnement sont insuffisantes et que les écarts de revenu se creusent, autant de facteurs qui influent sur la santé des populations. Les consommateurs devenant de plus en plus nombreux et exigeants, les villes contribuent dans une très large mesure aux agressions que subit la biosphère et notamment aux changements climatiques. Les villes des pays développés, qui abritent un cinquième de la population mondiale, émettent les trois quarts environ des gaz à effet de serre générés par l’activité humaine. Bien que généralement plus faibles au départ, les émissions imputables aux populations urbaines des pays en développement augmentent rapidement. L’évolution du climat de la planète aura toutes sortes de répercussions sur la santé humaine, pour la plupart néfastes. D’une manière générale, les plus vulnérables seront les populations pauvres des zones urbaines. Pour résoudre ces problèmes écologiques de grande ampleur, il faut des stratégies avantageuses pour tous qui visent aussi à réduire les inégalités et les risques pour la santé auxquels sont exposés nombre de citadins au niveau local. La solution passe par des changements sociaux et technologiques radicaux, notamment une ferme volonté, au niveau international, de mettre en commun les ressources de la planète, telles que l’atmosphère et les pêcheries en mer. Il y a tout à parier que notre conception et l’usage que nous faisons de la ville changeront au XXIe siècle. Les urbanistes imagineront probablement des solutions nous permettant de vivre dans des « villages urbains » à forte densité de population, séparés par des espaces boisés, des aires de loisir et des jardins, et reliés entre eux par un réseau de transports ferroviaires légers. On réintroduira ainsi les espaces verts, les jardins et l’horticulture ; les infrastructures collectives seront de taille humaine; les modes de transport et les sources d’énergie seront sans danger pour l’environnement. Mais surtout, on tendra vers l’équité sociale et un mode de vie écologiquement viable.

Keywords : urban health; urban population; urbanization; environmental health; environmental pollution; international cooperation; socioeconomic factors; poverty.

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